Pourquoi, comment construire son bonheur ?

 

Maurice BARBOT, 16 mars 2007

Merci, monsieur Barbot, pour la générosité de votre propos en hommage à Robert Misrahi.

Vous rappelez d’emblée que pour Robert Misrahi le commencement de la philosophie c’est le sujet existant et que le but en est la joie, la philosophie étant de part en part éthique et politique.

La vraie joie, dites-vous, n’est autre que le bonheur, qui n’est pas ce qui nous arrive de bon ou de bien de l’extérieur ou par « fortune », mais le fruit d’un véritable travail personnel, d’une construction même, qui prenne au sérieux le désir d’exister le plus commun, au double sens d’ordinaire et de partagé. Au pessimisme (notamment celui de Schopenhauer), vous répondez que l’expérience même de la souffrance présuppose que l’on soit habité et même animé par l’exigence du bonheur. C’est précisément cette exigence, plus ou moins consciente de soi, que la réflexion philosophique doit convertir, ou encore élaborer ou sublimer, ce qui nécessite une décision du sujet, en première personne, en une reprise personnelle du cogito cartésien mais aussi de l’intentionnalité husserlienne, puisque pour penser vraiment il faut penser quelque chose, et en l’occurrence penser ses propres désirs (en référence à Spinoza cette fois).

Mais, ajoutez-vous, mon désir le plus originel m’ouvre à autrui, la conscience étant à la fois conscience d’elle-même et conscience de l’autre conscience (même confusément, à l’origine), et c’est la réflexion – retour de soi sur soi de la conscience mais aussi ouverture à l’autre conscience – qui convertit ce sentiment confus en idée vraie, ouvrant ainsi la recherche de satisfaction au travail de la raison. C’est alors que s’ouvre, à son tour et à ce troisième niveau insistez-vous, le champ éthique de la construction des valeurs, qui nécessite une description phénoménologique qui prenne au sérieux le tout de l’existence : les souffrances, certes, mais aussi les joies.

Telle est en tout cas, concluez-vous, la justification de la philosophie elle-même, qui doit s’accomplir en une anthropologie fondamentale qui est le travail de toute une vie, à la fois en pensée et en action, ce qui nécessite surtout des rapports authentiques et réciproques avec autrui, qui construisent des significations partagées susceptibles de structurer l’existence heureuse comme synthèse temporelle des joies substantielles.

Joël GAUBERT