du monde cosmopolitique au monde cosmologique – synthèse

André STANGUENNEC, 21 janvier 2011

Merci, André Stanguennec, pour votre propos, toujours très riche de contenu et très articulé dans la forme.

Vous commencez par annoncer le mouvement d’ensemble de ce propos qui procède, ici, de la réflexion sur le monde cosmopolitique à la spéculation sur le monde cosmologique.

D’emblée, vous libérez le monde historique de l’hypothèque théologique hégélienne, pour mieux mettre en évidence l’autonomie du devenir cosmopolitique dialectique, qui résout l’antinomie du droit des gens, formée de la thèse d’un État mondial (potentiellement impérial) et de l’antithèse d’une simple alliance des peuples (virtuellement anarchique), par la détermination d’un État fédéral mondial faisant la synthèse de l’unité supra-nationale et de la pluralité multi-nationale. Vous confrontez alors cette solution théorique à l’effectivité historique de la Société des Nations et de l’Organisation des Nations Unies (mais aussi de l’actuelle construction de l’Europe), qui témoignent d’une inventivité juridique qui ne pourra historiquement aboutir, insistez vous, qu’en s’instruisant, précisément, de l’Idéal régulateur d’un État fédéral mondial, selon la modalité d’une tâche infinie. Vous illustrez cette thèse en référence à quatre réflexions théoriques actuelles sur l’avenir historique du monde : celles de Jacques Attali, d’Edgar Morin, de Jacques Bidet et de Jürgen Habermas, qui convergent vers l’idée de la nécessaire régulation de la mondialisation économique et écologique par une « gouvernance globale » qui ferait effectivement « monde », ce qui nécessite la médiation d’une opinion publique mondiale entendue comme conscience cosmopolitique.

Cependant, l’espèce humaine n’épuisant pas l’idée d’« êtres raisonnables », l’Idéal régulateur de l’État fédéral mondial s’élargit à tout l’univers, ce qui nécessite de penser théoriquement, et même spéculativement maintenant, la place de l’homme dans la totalité de l’Être, le paradoxe étant ici que plus la satisfaction de l’exigence du sens pratique s’effectue historiquement, et moins l’exigence du sens spéculatif se fait sentir (comme dans nos sociétés démocratiques où la reconnaissance juridique mutuelle des individus éteint l’exigence spéculative cosmologique, qui présuppose, donc, une lutte pour le sens de l’existence et même pour l’existence du sens).

Il existe donc un horizon de sens commun au monde cosmopolitique et au monde cosmologique, comme en témoigne la référence aux sciences de la nature comme de la culture, en ce que tout travail scientifique (comme intellectuel, plus généralement) s’enracine, en amont, dans un monde de la vie (irréductible à la réduction transcendantale au sens husserlien), et vise, en aval, le monde comme système des objets, le monde étant alors à la fois arché et télos, ce qui implique l’identité d’un même soi étudiant (corrélatif à l’unité de l’objet étudié). C’est ce que la philosophie de la réflexion doit expliciter en mettant en évidence l’existence d’un absolu philosophique posant, ou postulant plutôt, l’identité du monde cosmopolitique et du monde cosmologique, l’unité de l’histoire et de la nature étant pensée sur fond de cosmos. Cela motive, alors, non par un jugement déterminant un savoir, mais par un jugement de réflexion analogique seulement subjectivement nécessaire, la recherche d’une archéologie de la liberté humaine dans une finalité qui serait déjà à l’œuvre au sein de la nature elle-même. C’est précisément ce que fait Kant (dans la Critique de la faculté de juger, § 86), mais vous vous en démarquez, en ce que votre propre remontée du cosmopolitique au cosmologique s’opère dans le suspens, cette fois, de la théologie morale kantienne, insistez-vous.

Vous concluez fermement que l’existence et l’expérience de la liberté présupposent qu’il y ait un sens commun au monde cosmopolitique et au monde cosmologique, que l’on aille de l’un à l’autre ou de l’autre à l’un, pourvu que l’on tâche d’éviter à la fois la cécité d’un positivisme sceptique et l’absoluité d’une spéculation dogmatique.

Joël GAUBERT